France VS climatisation : décalage culturel et politique face aux canicules

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Chaleur 2026 : déjà plus de 14 000 morts en Europe…. mais climatiser resterait un luxe honteux. Ce tabou français tient-il encore ?



La France a chaud, et ne fait (presque) rien. Été après été, les vagues de chaleur s’intensifient et se multiplient — au point que même le printemps devient irrespirable, comme l’a montré un mois de mai 2026 déjà caniculaire. Pourtant, la question de la climatisation reste étrangement taboue dans notre pays. Comme l’explique la chaîne YouTube « Le Point Genius », la culture française n’a jamais vraiment adopté la climatisation, souvent perçue comme un luxe inutile, voire un fléau écologique.

Ce rejet culturel, hérité d’une époque où nos étés étaient doux, devient aujourd’hui contre-productif, et parfois mortel. De nos maisons aux infrastructures numériques supportant nos hébergements web, en passant par nos espaces de travail, la gestion thermique s’impose comme un enjeu de plus en plus critique.

La climatisation est-elle vraiment aussi néfaste qu’on le pense ? Quel est son véritable impact écologique ? Pourquoi accepte-t-on le chauffage comme un droit de base, mais pas le rafraîchissement ? Et que risque-t-on à ne pas se rafraîchir ? Réponses, mises à jour à la lumière des étés récents.

Des étés (et des printemps) de plus en plus invivables

Le point de départ, c’est le thermomètre. Les canicules ne sont plus des événements exceptionnels espacés de plusieurs années : elles sont devenues plus fréquentes, plus intenses et plus longues, et débordent désormais du cœur de l’été. La preuve la plus spectaculaire est venue du printemps 2026, le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures. Dès la fin mai, le pays a connu la canicule la plus précoce jamais observée : entre le 23 et le 30 mai, pas moins de 115 records de chaleur ont été battus sur la seule région Centre-Val de Loire, avec des pointes dépassant les 34 °C. Du jamais-vu à cette période de l’année.

Ce n’était qu’un avant-goût. Quelques semaines plus tard, fin juin, une vague de chaleur d’une sévérité exceptionnelle — comparée par Météo-France à celle de 2003 — a déferlé sur le pays : le 24 juin, un département français sur deux était en vigilance rouge ; le lendemain, les trois quarts du territoire étaient touchés. À Paris, le mercure a dépassé 40 °C les 24 et 25 juin.

Sur la trajectoire actuelle d’émissions, la France se dirige vers un réchauffement de l’ordre de 4 °C d’ici la fin du siècle. Comme le résument certains climatologues, l’été que nous trouvons aujourd’hui insupportable restera sans doute l’un des plus frais du reste de nos vies. La question n’est donc plus de savoir si l’on devra s’adapter, mais comment — et à quelle vitesse.

Un décalage français qui coûte des vies

Ce décalage entre le climat qui change et nos habitudes qui ne bougent pas a un coût humain direct. La canicule européenne de juin 2026 a provoqué une surmortalité massive : la plateforme européenne de surveillance EuroMOMO a relevé plus de 14 000 décès excédentaires sur la seule dernière semaine de juin, sur un périmètre de 24 pays. Un bilan encore provisoire, et que Santé publique France juge « probablement sous-estimé ». On retrouve là l’ordre de grandeur du traumatisme de 2003.

La vidéo du Point Genius rappelle un chiffre frappant qui résume tout : on meurt aujourd’hui davantage de la chaleur à Paris qu’à São Paulo. Non pas parce qu’il y fait plus chaud — c’est l’inverse — mais parce que nous n’y sommes pas préparés, ni dans nos bâtiments, ni dans nos équipements, ni dans nos têtes.

La raison de ce retard ? Un rejet largement idéologique de la climatisation, malgré l’évidence de ses bénéfices sanitaires. Face aux canicules, la clim n’est plus un luxe superflu : c’est devenu un outil de santé publique, surtout pour les plus fragiles — personnes âgées, enfants, malades, ou télétravailleurs confinés dans des appartements mal isolés.

Jean-Marc Jancovici « Le problème majeur avec la canicule, c’est pas trop la clim »

Dans cette interview coupée à l’essentiel, Jean-Marc Jancovici nous rappelle que la clim n’est pas le souci majeur de la canicule. Ce sont davantage les conséquences en matière d’agriculture avec divers effets en chaîne qui posent problème. Ce sont également les fleuves dont le débit chute à mesure qu’il a moins neigé en hiver. Quant à la question d’un équipement massif en climatisation dans les services publics soulevé par certains politiques, Jancovici répond qu’il faut nuancer et réfléchir au cas par cas. Il rappelle que la clim n’est pas l’unique solution à la chaleur : d’autres moyens de protection physique comme des stores peuvent améliorer la situation et suffire dans certains cas, ou simplement améliorer l’efficacité des climatiseurs. De la même manière que l’on protège nos logements du froid, il faut également les protéger du chaud.

Des pertes de productivité et de concentration bien réelles

Le Point Genius pointe aussi un autre problème majeur : la chaleur impacte directement les performances cognitives et la productivité. Dans un pays où le télétravail se démocratise, combien de personnes passent désormais leurs journées dans des appartements sous les toits où la température dépasse les 30°C, y compris la nuit ? Ce n’est pas qu’une question de confort, c’est une perte d’efficacité économique réelle et une dégradation des conditions de travail. Mal dormir à cause de la chaleur, c’est aussi être moins efficace le lendemain : le manque de rafraîchissement la nuit pèse autant que celui de la journée.

Que ce soit à l’école ou au travail, on constate une baisse de productivité significative lorsque la température augmente. Cela se voit très clairement sur le graphique suivant avec les élèves (courbes discontinues) et les employés de bureau (lignes continues).

Les entreprises sont certes incitées à adapter les horaires et à fournir de l’eau, comme le rappelle le gouvernement dans ses annonces, mais cela reste une rustine sur une jambe de bois si l’on ne traite pas le cœur du problème : l’environnement thermique des lieux de vie et de travail.

Le chauffage est un droit, la clim un luxe ? Le vrai tabou

Voici sans doute l’angle mort le plus révélateur du débat français. Personne, aujourd’hui, ne conteste que se chauffer l’hiver soit un besoin de base : c’est même un droit encadré par la loi, et couper le chauffage d’un logement occupé est interdit. Le chauffage est pourtant, techniquement, un confort — celui de ne pas grelotter chez soi. Alors pourquoi accepte-t-on comme une évidence de lutter contre le froid, mais regarde-t-on encore la lutte contre le chaud comme un caprice ?

La réponse tient à notre histoire : nos hivers ont toujours été froids, nos étés longtemps doux. La norme thermique s’est donc construite autour du seul chauffage. Résultat, toute notre réglementation du bâtiment vise à conserver la chaleur — isolation, étanchéité à l’air — sans jamais penser à s’en protéger. On a ainsi construit des logements très performants l’hiver, qui se transforment en véritables fours à humains l’été.

Or le confort recherché est symétrique. On se sent bien, en gros, entre 18 et 25 °C. En dessous, on chauffe sans se poser de question. Au-dessus de 26 °C, on peine à travailler ; à 30 °C, on est en difficulté ; et sans rafraîchissement, un logement même volets fermés peut grimper à 35 °C ou plus — sans compter nombre de nos concitoyens vivant sous les toits. Refuser tout moyen de faire redescendre cette température, tout en trouvant normal de faire remonter celle d’une pièce à 5 °C en hiver, relève d’un deux poids deux mesures que le réchauffement climatique rend de moins en moins tenable.

Reconnaître le rafraîchissement comme un besoin de base, au même titre que le chauffage, ne veut pas dire climatiser aveuglément. Cela veut dire arrêter de le traiter comme un péché, et commencer à le penser sérieusement — dans le bâti d’abord, avec la clim en complément là où c’est nécessaire.

Climatisation : bien choisir son équipement pour limiter l’impact énergétique

La climatisation, souvent diabolisée en France, n’est pourtant pas aussi énergivore qu’on le pense, surtout si elle est bien utilisée et bien choisie. Le Point Genius fait une distinction essentielle entre deux types de climatiseurs :

  1. Les climatiseurs monobloc (tout-en-un) : Très courants en location ou en solutions d’urgence, ils consomment énormément d’énergie car ils extraient l’air intérieur et le rejettent par une gaine vers l’extérieur. L’appareil provoque alors une dépression dans le logement, aspirant alors de l’air chaud extérieur depuis tous les interstices du logement (portes,fenêtres), ce qui refroidit effectivement la pièce où se trouve le climatiseur, mais réchauffe les autres. Cela réduit fortement son efficacité. C’est énergivore, bruyant et peu performant, mais c’est longtemps resté la seule option possible lorsque l’on est locataire.
  2. Les climatiseurs split : Beaucoup plus efficaces, ces appareils séparent l’unité intérieure de l’unité extérieure. L’air intérieur est refroidi en circuit fermé, ce qui permet une meilleure efficacité énergétique et une consommation bien plus faible. Leur coût d’installation est plus élevé, et cela suppose d’être propriétaire ou d’obtenir l’accord de celui-ci, car il faut généralement percer le mur.
  3. Les climatiseurs split mobiles : Bonne nouvelle pour les locataires : cette troisième voie a émergé (ou plutôt resurgit en version modernisée). C’est climatiseurs sans installation réconcilient les deux mondes. Ils offrent un rendement proche d’un split fixe et un fonctionnement très silencieux, sans travaux ni trou dans le mur — le lien entre unité intérieure et extérieure passant par une simple ouverture de fenêtre (à calfeutrer toutefois). Longtemps rares, chers et médiocres, ces modèles sont montés en gamme : le Midea PortaSplit, par exemple, a connu un tel succès face aux canicules qu’il s’est retrouvé en rupture un peu partout, ses concurrents restant à la fois plus anciens, plus bruyants et bien plus onéreux. C’est aujourd’hui l’option la plus crédible pour rafraîchir efficacement un logement que l’on n’a pas le droit de modifier. Il faudra cependant pouvoir monter le bloc extérieur sur un rebord de fenêtre ou le poser sur un balcon.

Le message clé : une climatisation bien choisie, bien réglée (autour de 24-26°C, pas à 14 ou 20°C comme dans les centres commerciaux américains), et alimentée par de l’électricité bas carbone (comme c’est le cas en France grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables de plus en plus présentes), a un impact environnemental mesuré, surtout par rapport aux gains sanitaires et économiques qu’elle procure.

💡 En résumé, pour choisir : propriétaire → split fixe réversible (le meilleur rendement, chauffage inclus). Locataire → split mobile sans installation, type Midea PortaSplit. À éviter si possible → le monobloc, sauf dépannage ponctuel.

Focus sur les pompes à chaleur

Un point trop souvent ignoré : la plupart des splits, mobiles comme fixes, sont en réalité des pompes à chaleur réversibles. Le même appareil qui rafraîchit l’été peut chauffer l’hiver avec une efficacité redoutable. Là où un radiateur électrique restitue 1 kWh de chaleur pour 1 kWh consommé (idem pour le gaz, qui de plus rejette du CO2), une pompe à chaleur en restitue plusieurs fois plus : sur une saison de chauffe complète, son rendement réel — le SCOP, mesuré selon la norme européenne EN 14825 — se situe généralement entre 3 et 4. Autrement dit, elle produit 3 à 4 fois plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Et même par grand froid, quand son rendement baisse, elle reste 2 à 3 fois plus efficace qu’un chauffage électrique direct.

Côté rafraîchissement, la dépense reste modeste : climatiser un logement l’été consomme bien moins d’énergie sur l’année que le chauffer l’hiver. En cause, non pas l’écart de température, mais le fait qu’un climatiseur ne produit pas de froid : il se contente de déplacer la chaleur du logement vers l’extérieur, une opération relativement peu gourmande en énergie — le même principe qui rend la pompe à chaleur si efficace en hiver. À cela s’ajoute une saison de rafraîchissement bien plus courte et moins intense que la longue saison de chauffe.

Concrètement, remplacer de vieux radiateurs électriques par une clim réversible peut diviser la facture de chauffage par trois à quatre, un ordre de grandeur que l’ADEME confirme sur le terrain : malgré les écarts liés au réglage ou au climat, la grande majorité des ménages équipés réalisent des économies substantielles. Le gain d’hiver dépassant largement la dépense d’été, on consomme au final moins d’énergie sur l’année entière. Autrement dit, bien pensé, l’équipement « clim » n’est pas une dépense énergétique supplémentaire : c’est un investissement qui fait baisser la consommation annuelle du foyer, tout en apportant le rafraîchissement l’été.

Les gaz réfrigérants : un vrai enjeu, mais à relativiser

Un des arguments fréquemment avancés contre la climatisation concerne les gaz réfrigérants utilisés dans les systèmes de refroidissement. Il est vrai que ces gaz, notamment les HFC (hydrofluorocarbures), ont un potentiel de réchauffement global (PRG) très élevé, souvent plusieurs milliers de fois supérieur à celui du CO₂. Leur rejet accidentel ou leur mauvaise gestion en fin de vie peut donc contribuer significativement au changement climatique. Toutefois, il est essentiel de replacer cet impact dans son contexte : selon l’International Institute of Refrigeration, environ 20 % des émissions liées à la climatisation proviennent de ces fuites de gaz, tandis que 80 % des émissions sont dues à la consommation d’électricité. En France, où l’électricité est largement décarbonée et où la manipulation des circuits est obligatoirement gérée par un professionnel, cet impact est beaucoup plus faible que dans les pays alimentés par des centrales à charbon ou à gaz.

Par ailleurs, les technologies évoluent également : les fabricants tendent à remplacer progressivement les gaz les plus polluants par des fluides à faible PRG, voire par des alternatives naturelles comme le propane ou le CO₂ (dans certains systèmes industriels). Ce risque, bien réel, n’est pas une fatalité : il peut être drastiquement réduit par une maintenance sérieuse des appareils, des normes de fabrication plus strictes et un recyclage efficace en fin de vie. C’est une question de bonne pratique industrielle, pas une raison suffisante pour rejeter en bloc la climatisation, surtout dans les régions où elle devient une nécessité sanitaire.

Le vrai débat est politique : l’inaction et les faux arguments

Si le constat sanitaire est aussi clair, pourquoi la France reste-t-elle à la traîne ? Parce que la climatisation est devenue, à l’été 2026, un véritable objet politique — un marqueur idéologique sur lequel chaque camp plante son drapeau, parfois au détriment du bon sens et des faits.

D’un côté, une droite qui en fait un étendard, parfois jusqu’à la caricature : « La climatisation, c’est la civilisation », lançait Louis Sarkozy sur BFM-RMC en mai 2026. De l’autre, une partie de la gauche et des écologistes qui s’arc-boutent sur un refus de principe. Le programme des Écologistes qualifie les climatisations individuelles de « réponse inadaptée qui provoque un réchauffement des villes », tandis que Jean-Luc Mélenchon juge que « climatiser partout, ça veut dire augmenter les dégâts ». Marine Tondelier, elle, a résumé la position dans une formule restée célèbre : la clim « réchauffe dans la rue, réchauffe vos voisins ».

Tous ces arguments sont-ils bien sérieux quand des gens vivent à 40 °C sous les toits, ne parviennent plus à dormir, accouchent dans des maternités transformées en étuves, ou meurent chez eux faute de pouvoir se rafraîchir ?

Car ce ne sont pas des hypothèses. À Paris, des locataires du dernier étage racontaient fin juin n’avoir dormi que deux heures par nuit, dans des logements où le zinc des toitures peut monter jusqu’à 80 °C — de véritables « radiateurs géants ». Une autre locataire décrivait un studio haussmannien bloqué à 34-35 °C, des « montées d’angoisse de ne pas respirer » et des nuits trouvées seulement vers 4 heures du matin. Au même moment, à la maternité de Mantes-la-Jolie, des chambres dépassaient 35 °C quatre jours durant : une mère y a vu sa fille, née quelques heures plus tôt, grimper à 38 °C de fièvre, et la direction a fini par autoriser les familles à apporter leur propre climatiseur.

« Ça réchauffe la ville » : la part de vrai… et le contresens

Oui, la climatisation rejette de la chaleur à l’extérieur. C’est de la thermodynamique de base — un climatiseur ne détruit pas la chaleur, il la déplace du logement vers la rue, en y ajoutant l’énergie qu’il consomme. L’étude de l’APUR sur la climatisation à Paris (avril 2025) le documente : dans une rue à 30 °C, un climatiseur de commerce peut recracher de l’air à 50 °C, gênant les piétons et empêchant les habitants des étages d’aérer la nuit. Sur ce point, l’objection mérite d’être entendue.

Mais il faut la remettre à l’échelle. L’APUR classe elle-même la clim parmi les rejets de chaleur anthropiques, au même titre que les moteurs des voitures ou le réseau de chaleur urbain — et ce ne sont pas les plus gros contributeurs. L’écrasante majorité de la chaleur emmagasinée par une ville vient d’ailleurs : de l’asphalte des routes, des toitures sombres, des façades minérales qui stockent le soleil toute la journée et le relâchent la nuit. C’est ce qu’on appelle l’îlot de chaleur urbain, et il existait bien avant que la clim ne se répande : une ville a toujours été plus chaude que la campagne environnante. Faire de la climatisation la cause du problème, c’est confondre une goutte avec le seau.

Voilà pour la part de vrai — et elle mérite d’être reconnue plutôt que balayée. Mais une fois l’échelle rétablie, l’argument « ça réchauffe vos voisins » révèle son vrai défaut : il traite comme une fatalité ce qui n’est qu’une question d’installation.

Car la manière dont on pose un climatiseur change presque tout. Plusieurs travaux, notamment chinois, portant sur les quartiers à forte densité l’ont quantifié. En comparant les positions de rejet, une étude de 2024 montre que des unités posées sur les murs de façade réchauffent le canyon urbain d’environ 2,3 °C, contre seulement 1,6 °C pour un rejet en toiture. Le constat se vérifie en France : une simulation sur un quartier dense de Lyon, pendant la canicule de 2019, mesure +1,75 °C au niveau de la rue pour des unités en façade, là où un rejet en toiture épargne l’air que respirent les piétons. D’autres études recommandent d’orienter les unités dans le sens du vent, de les regrouper ou de les espacer pour disperser la chaleur au lieu de la piéger au sol.

Autrement dit, le problème n’est pas la clim, c’est la clim mal installée. Les solutions existent déjà et sont documentées ; il suffirait de s’en inspirer — ou de mener nos propres recherches adaptées à l’urbanisme français — puis de les traduire en normes d’installation. Rejeter la climatisation au motif qu’elle « réchauffe la rue », c’est condamner l’outil pour un défaut qui relève principalement de la pose — et, au passage, laisser sans solution ceux qui souffrent vraiment de la chaleur.

Un arbitrage qu’il faut regarder en face

Que dit-on, au fond, lorsqu’on refuse la climatisation au nom de la température de la rue ? On demande implicitement à une personne âgée, à un nourrisson ou à un malade de supporter une chaleur potentiellement mortelle dans son logement, afin de préserver quelques dixièmes de degré sur le trottoir la nuit. Mis en regard des plus de 14 000 morts de la seule canicule de juin 2026, cet arbitrage devient très difficile à défendre.

C’est bien pourquoi les postures des débuts se fissurent. Ceux-là mêmes qui refusaient la climatisation admettent aujourd’hui, canicule après canicule, qu’on ne peut plus s’en passer partout. Marine Tondelier, après avoir résumé l’objection anti-clim, concède désormais qu’elle ne doit être « ni un tabou, ni une réponse à tout » et qu’« il y a des endroits où on ne peut plus se passer de clim’ » (LCP). France Info le note sans détour : les écologistes, longtemps opposés à la climatisation, y voient désormais « une solution face à l’urgence malgré ses défauts » (France Info).

La vraie ligne de partage n’est donc plus « pour ou contre la clim » — ce débat-là est en train d’être tranché par les faits. Elle passe entre ceux qui veulent un déploiement intelligent — protection passive d’abord, puis clim bien installée, bien réglée et alimentée par une électricité décarbonée — et ceux qui, à droite comme à gauche, préfèrent en rester à la posture.

De la posture à la méthode

Le débat de principe étant derrière nous, reste le plus important : la méthode. Et sur ce terrain, la bonne nouvelle est qu’on sait déjà quoi faire — l’ordre des priorités fait consensus chez les spécialistes. La protection passive d’abord, la climatisation ensuite, en complément là où le bâti ne suffit pas.

Le problème, c’est que la France a normé la première moitié de l’équation, et oublié la seconde. Toute notre réglementation vise à conserver la chaleur l’hiver ; presque rien n’oblige à s’en protéger l’été. Résultat : selon une proposition de loi déposée à l’Assemblée en 2025, neuf logements sur dix ne sont pas adaptés au critère « confort d’été » du diagnostic de performance énergétique, et 70 % des Français déclarent souffrir de la chaleur chez eux (Assemblée nationale). Des remparts aussi simples que des volets ou des stores extérieurs — qui arrêtent le soleil avant qu’il n’entre — restent facultatifs, alors qu’ils peuvent à eux seuls réduire fortement le besoin de rafraîchissement.

Certaines collectivités croient montrer la voie. Le PLU bioclimatique de Paris, en vigueur depuis novembre 2024, inscrit noir sur blanc que « le confort d’été doit être recherché prioritairement au moyen de dispositifs passifs », la climatisation individuelle n’intervenant qu’en « dernier recours » (étude APUR). L’intention est bonne, et l’ordre des priorités correct : on ne discute pas le fait qu’un bâtiment doive d’abord se défendre seul.

Mais s’arrêter là, c’est encore raisonner avec des œillères. La protection passive a une limite physique, et les canicules récentes la franchissent allègrement. Volets fermés, murs isolés, stores déployés : tout cela ralentit l’entrée de la chaleur, mais ne l’évacue pas. Lors d’un épisode où il fait 40 °C le jour et où la température ne redescend pas sous 28 °C la nuit — ces nuits tropicales que Météo-France voit se multiplier — l’inertie du bâtiment finit par se saturer. Sans vent pour ventiler, sans fraîcheur nocturne à faire entrer, un logement bien protégé stagne malgré tout à 33, 34, 35 °C, jour après jour. Le passif ne fait alors que retarder l’inconfort, pas l’empêcher.

C’est là que la doctrine du « dernier recours » se retourne contre ceux qu’elle prétend protéger. Reléguer la climatisation en bout de chaîne, c’est acceptable pour un pic de chaleur de deux jours ; ça devient intenable pour une canicule d’une semaine ou plus, celles qui tuent. La protection passive et la climatisation ne sont pas deux étapes successives, mais deux outils complémentaires : le premier réduit le besoin, la seconde couvre ce que le premier ne peut pas — et ce reste, en climat qui se réchauffe, va grandissant. Une politique lucide ne hiérarchise pas les deux, elle normerait les deux ensemble.

Conclusion : sortir du dogme, adopter la raison

En tant qu’hébergeur web engagé dans l’écologie, LRob est sensible aux questions climatiques et à la sobriété. En datacenter, la situation est bien différente, car dans certaines zones, chaque watt consommé doit être refroidi en plus. C’est pourquoi nous avons choisi une géolocalisation permettant un refroidissement par air naturel 98% de l’année. Mais le climat évoluant, ce nombre pourrait diminuer dans les années à venir.

Néanmoins pour le home-office (télétravail), après des années à braver la chaleur, le climatiseur nous apparaît désormais indispensable à la bonne continuation des services. Aidés par la chaleur insupportable, nous avons ainsi bravé le dogmatisme franco-français pour nous équiper en climatiseur depuis 2025 (clim mobile) avec l’évolution en 2026 en split mobile (solution qui nous semble la meilleure pour les locataires). Ainsi, le support client restera au frais, conservant lucidité et efficacité pour continuer de vous fournir les meilleurs hébergements web.

Que l’on soit citoyen, entreprise ou décideur public, il est temps d’accepter que la climatisation fasse partie de la solution productive, voire vitale, à condition de l’utiliser avec bon sens et responsabilité. Le chauffage n’a jamais été un luxe honteux ; le rafraîchissement ne devrait pas l’être davantage. La climatisation n’est pas l’ennemi. Son mauvais usage l’est. Comme l’explique très bien Le Point Genius, il ne s’agit pas de climatiser tout à 14°C comme à New York, mais de créer des environnements vivables et adaptés aux nouvelles réalités climatiques.

Il est temps que la France sorte de cette culture anti-clim qui la marginalise par rapport à certains de ses voisins européens. Cette culture obsolète qui l’empêche de répondre efficacement à un problème de santé publique grandissant. Mieux informer, mieux équiper et mieux réguler, c’est aujourd’hui la voie apparaissant comme la plus raisonnable.



2 réponses à « France VS climatisation : décalage culturel et politique face aux canicules »

  1. « Par ailleurs, la durée de vie atmosphérique de ces gaz est relativement courte (quelques années) comparée au CO₂ qui reste dans l’atmosphère pendant des siècles. »

    Certes, mais tu penses bien que le calcul du PRG prend en compte la durée de vie des gaz. :)

    Je pense en outre que dans le bilan carbone 20% + 80% qui est fait, il manque une partie (probablement significative) « fabrication et transport des appareils climatiseurs ».

    1. Intéressant ! En effet, après recherche le PRG semble généralement mesuré sur 100 ans, donc la comparaison sur la durée est inévitable, rendant la remarque (reprise de la vidéo du Point Genius) un peu caduque. J’ai supprimé la phrase, merci pour la remarque pertinente. Je connais trop peu le sujet pour réellement comparer les gaz, mais il semble que les gaz choisis soient de moins en moins mauvais, au delà d’un meilleur recyclage et traitement des déchets.

      Calendrier de l’interdiction d’utilisation des fluides à fort PRG :
      Fluides avec un GWP ≥ 2 500 interdit à partir de 2020.
      Fluides avec un GWP ≥ 1500 interdit à partir de 2022 à 2025.
      Fluide avec un GWP ≥ 150 interdit à partir de 2030.

      Pour ce qui est du bilan carbone de la fabrication, s’il n’est pas pris pour la clim’ il ne l’est pas non-plus pour le chauffage. Il semble probable qu’il soit d’un ordre de grandeur similaire et que ça ne change pas forcément les proportions. Et à noter que beaucoup de clims sont réversibles et font pompe à chaleur l’hiver, ce qui en fait un double usage et qui semble assez intéressant à long terme à ce niveau. Au final cette partie n’est pas forcément si significative si on parle de clim réversibles comme on peut en installer en installation fixe (split).

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