Retour sur ma formation à la SAE Institute Paris

La SAE Institute, School of Audio Engineering est une école de multimédia présente dans de nombreuses capitales à travers le monde et d’abord connue pour sa formation d’ingénieur du son.

Ayant obtenu mon Audio Engineer Diploma à la SAE Paris, je vous propose un retour sur mon expérience, ce qui pourra servir notamment à ceux qui souhaitent choisir cette école.

Disclaimer

Attention, ce qui suit ne sont que mon avis et mon expérience personnels, et la SAE peut évoluer d’ici là, gardez en tête que j’ai eu mon diplôme en 2013 pour une formation en 2012-2013.

 

Pourquoi la SAE ?

Et bien c’est simple, j’ai regardé ce qui existait, j’ai trouvé Louis Lumière, des BTS, l’EMC, la SAE, et d’autres qui n’ont pas vraiment retenu mon attention. Notamment parce que je voulais rester proche d’Orléans.

Les BTS de technicien du son étaient plutôt axés sur le broadcast et la prise de son pour la vidéo, et le matériel à disposition assez médiocre. De plus, mon expérience avec le système scolaire Français traditionnel n’a jamais été un régal, raison de plus pour ne pas y retourner.

Louis Lumière me semblait être la meilleure option, mais je n’aurais pas pu y entrer, justement pour la raison sus-citée (dossier très moyen).

Et l’EMC, j’ai hésité longuement, l’école et l’ambiance avaient l’air très sympa, mais le matériel à disposition moins riche que la SAE, du moins en termes de matériel d’enregistrement/mixage. La SAE m’a semblé dans l’ensemle plus professionnelle que l’EMC.

Vous allez comprendre pourquoi ensuite, mais je recommande la SAE plutôt à celui qui est attiré par l’enregistrement et la post-production (mixage musique/vidéo), car c’est principalement ce qu’on y apprend. Mais qu’on se comprenne bien, avec cette école, vous avez les clés en main pour faire du studio, du live, et de la prise de son, voir même encore d’autres domaines connexes. Le broadcast n’est pas trop de la partie, du moins pas quand j’ai fait la formation, même s’il y a une sorte d’initiation, elle reste purement théorique.

 

Une école accessible à qui ?

Déjà, à qui en a les moyens financiers, ou qui comme moi fait un prêt étudiant… Car l’école n’est pas donnée. Je ne suis pas sûr de pouvoir indiquer le tarif car l’info est difficile à trouver au premier abord, mais vous l’obtenez sur simple demande de de documents d’infos sur l’école (envoyés gratuitement par courrier). Pour ma part, j’ai payé moins cher que ce qui est inidiqué ici, mais peut-être le tarif a-t-il changé.

Il faut tout de même avoir le bac (de préférence ES/S ou STI) et 18 ans. Il me semble que les bac pro peuvent compter dans certains cas, et que votre cas sera quand même étudié si vous n’avez pas le bac mais pouvez attester des compétences requises.

Les compétences requises, parlons-en. Elles sont finalement assez bien résumées par le test d’entrée. Assez rapide, il consiste à tester sommairement votre niveau de français, d’anglais, de mathématiques, de physique, et de logique. Alors ça fait longtemps que je l’ai fait, peut-être y avait-il un poil de culture générale, mais ce n’est rien de très sorcier, pour sûr, vu ma faible culture générale. Non vraiment, il ne faut pas stresser, si vous êtes un bachelier moyen de 18-35 ans, vous n’aurez probablement pas de peine à répondre aux questions. Et au final, c’est un peu ça le niveau requis, car la formation reprend tout de zéro, donc peu importe votre niveau d’origine, il faut simplement que votre capacité de compréhension, d’adaptation, et de mémorisation soient opérationnelles, et si le sujet vous intéresse vraiment, au niveau technique, nul doute que ça devrait aller. Pour sûr, avoir des connaissances à l’avance vous aideront à être à l’aise. Pour ma part, passionné d’audio et d’informatique depuis des années, il y a bien un tiers de ma formation où je n’ai fait que revoir ce que je savais déjà.

Il faut quand même se rappeler que c’est une formation technique, donc un côté au moins un peu geek, une grande curiosité, un peu de rigueur bien dosée, et une non allergie à un poil de mathématiques bien utiles sont, à mon sens, absolument requis.

 

A propos du MacBook pro offert…

L’école “offre” un Macbook pro à l’entrée. Je mets des guillemets, car évidemment, les frais sont répercutés sur le prix de la formation. Ayant initialement une aversion pour Apple, ses produits peu intéressants, ainsi que ses politiques nauséabondes, je pense que c’est quand même une bonne chose, car vous serez probablement amenés à être confrontés à des Macs durant votre vie professionnelle. Au moins, on apprend comment ça marche. Mais ce mac n’a de réelle utilité que si vous achetez ProTools (tarif étudiant : 250€) pour bosser dessus. Frais supplémentaires à prévoir donc. Egalement, en rajoutant 500€, vous obtenez une machine 2x plus puissante (15 pouces au lieu de 13 et quadcore au lieu de dual core), ce qui est intéressant si vous comptez faire du mixage un peu lourd dessus. Pour ma part, c’est ce que j’ai fait, j’ai également mis 16Go de RAM et un SSD dedans, ça se fait sans connaissances particulières, mais il faut prendre un set de tournevis étoilés pour y parvenir. En espérant que vous aurez des Mac démontables. A savoir que ProTools est également compatible PC, et que vous pouvez très bien l’installer sur votre MacBook et votre PC à la maison, et utiliser votre clé iLok (licence) sur les deux. Les plugins sont même globalement assez compatibles pour peu que vous utilisiez les mêmes. 1000€ à sortir quand même dans mon cas.

 

En 1 an ou en 2 ans ?

La SAE propose une formation accélérée en 1 an au lieu de deux. N’étant pas de Paris, et étant donné les prix du loyer, j’ai choisi la formation accélérée afin d’économiser un an de loyer Parisien, et d’amplement rentabiliser le léger surcout de cette dernière. Le temps c’est de l’argent il paraît. L’audio Engineer Diploma est reconnu par l’état Français comme un BTS (bac +2) “Technicien preneur de son”. Ce n’est pas ça qui vous donnera du boulot mais ça peut aider pour bosser dans pour institutions publiques.

 

Qui sont les profs ?

On les appelle ici des “intervenants” car ce sont d’abord des professionnels du domaine. Le tutoiement est souvent de mise, entre pasionnés, pro, et futurs-pros, pas de raison de se parler avec un balais dans l’arrière-train. Ils ont chacun leur spécialité, et sont toujours disponibles pour répondre à vos questions pour aller plus loin et parfois même à expérimenter de nouvelles idées. Que ce soit en pause, avant, après, ou même pendant le cours pour en faire profiter la classe, ils restent toujours très disponibles dans la mesure du possible.

Evidemment, vous aurez plus d’affinités avec certains que d’autres, mais jamais de mauvaise surprise, avant tout parce qu’ils sont toujours compétents, au moins dans le domaine où ils enseignent.

 

Et on apprend quoi dans cette école ?

C’est toujours le problème quand on choisit une école… Savoir ce que contient la formation. Et bien aujourd’hui, je vous évite ce stress !

Déjà sachez que la majeure partie de votre formation consistera à appliquer ce que vous aurez appris en cours. Ensuite, tout est très progressif. On voit les notions petit à petit, on apprend graduellement, mais sur la formation accélérée, ça va quand même vite, surtout si vous n’avez pas de notions préalables, et sur les consoles plus complexes, faut vraiment s’accrocher…

En vrac : Vous apprendrez l’édition audio, le sound design, ProTools, le MIDI, la microphonie, vous ferez de la théorie audio (traitement et effets, signal, acoustique, stereophonie…) et un peu d’électronique, vous apprendrez à utiliser des consoles et effets analogiques et numériques, vous ferez du son à l’image, vous enregistrerez dans les studios de l’école des musiciens qu’il vous faudra trouver, et vous ferez un peu de réseau appliqué à l’audio et d’informatique, vous serez initiés au broadcast et au live, vous ferez des jingles, et vous apprendrez même à mixer, mais là attention, on vous donne des indications, après c’est votre oreille qui fait le reste. Vous apprendrez surtout à désacraliser par la raison toutes les sottises idiophiles qui traînent, ma partie préférée.

Il y aura aussi des intervenants qui donneront des conférences, pour ma part j’ai eu notamment la chance de rencontrer Bob Katz. J’ai aussi eu droit à quelques sorties, une visite en profondeur d’une salle de Live pour mieux comprendre comment ça se passe, et à une séance de mixage en studio pour s’inspirer des techniques des plus expérimentés, avec en bonus un petit tour en studio de mastering.

Vous aurez un gros bloc de cours par console présente à la SAE. Ces dernières sont assez riches et représentatives de ce qu’on peut trouver en milieu pro, de full analogique à full numérique avec de l’hybride entre les deux.

Vous aurez aussi des Workshop, c’est à dire un cours avec l’enseignant qui montre directement en pratique ce que l’on peut faire, notamment pour chaque console.

A noter que le mixage s’effectuera principalement sous ProTools, un outil puissant, peu connu du grand public mais utilisé dans une bonne partie des studios, que j’ai pour ma part clairement adopté. Vous en apprendrez toutes les spécificités, et pourrez extrapoler aux autres DAWs. Pas d’Abelton en revanche, dommage, mais un peu de Logic, notamment pour les exercies en MIDI.

Au final, le gros point positif pour moi, c’est que le lien entre théorie et pratique est très bien fait, et que l’on n’est pas assomés de théorie inutile, tout ce qu’on apprend sert, et pas besoin d’être un dingue en maths pour y arriver.

 

Comment se passe une année ?

Déjà, il y a 3 rentrées par an, assez pratique, et ça permet aux enseignants, spécialisés, de tourner entre les promos. Il existe deux types de promos : Les full time (formation en un an) et les part time (formation en 2 ans). Même en full time, le nombre d’heures de cours est modéré, mais comme je l’ai dit, on passe plus de temps à appliquer les cours qu’assis dans une chaise à y assister. De la sorte, on intègre assez bien les choses. Les classes full time semblent être un peu plus réduites – entre 15 et 20 étudiants en début d’année-.

L’année est ponctuée d’exercices pratiques à rendre, ainsi que d’exams assez bien répartis qui permettent d’être sûr d’avoir parfaitement tout assimilé.

Un bon point de repère, pour moi au cours de l’année, c’est les stations de travail et consoles sur lesquelles on bosse. Ça reste le point central de la formation. A savoir que tout le travail peut se faire dans l’école, qui est ouverte tous les jours jusqu’à minuit ou 1h (pas sûr). En tout cas j’ai fait la fermeture plus d’une fois, sans regarder l’heure. On y trouve des stations ProTools où on bosse au casque, et qui sont en libre accès, les petites consoles sur lesquelles on commence, au casque aussi, et les studios de mixage/enregistrement, où là il faut réserver le local, et on a intérêt de se présenter, sous peine de pénalités importantes.

On commence l’année avec de l’édition, pour ma part c’était sur Spark, un logiciel très manuel et très désagréable, que je considère comme le bizutage de la SAE. Si on tient ça, on peut tenir tout le reste. J’ai entendu que peut-être ils allaient utiliser un autre programme pour cette tâche… En somme, ça consistait à 5 modèles à reproduire. On vous file un morceau découpé, vous devez le redécouper à l’identique… Et parfois, ce n’est qu’un coup de caisse claire à couper, et il faut trouver le bon. La moindre erreur importante et c’est 0 sur 5.

Ensuite on commence à choper un bagage théorique et à apprendre Protools, donc on fait un peu d’édition sous ProTools, on a des jingles à faire avec quelques petites blagues techniques dedans, des histoires (enregistrées par les intervenants) à monter et habiller…

Et puis on commence à mixer. D’abord sur une petite mackie 8 pistes, avec que du volume/pan/EQ, en enregistrant sur minidisc pour s’habituer à avoir un recorder externe. Ensuite on rajoute les effets dynamiques (compression), puis temporels (reverbs et autres phasers).

Puis on passe à la 8 BUS, une console déjà bien plus conséquente (32 pistes je crois), on fait un mixage, puis ses premiers enregistrements… Comme je l’ai dit, faut trouver soi-même les musiciens. Y’a un book de contacts à disposition, mais sinon il suffit d’aller dans un local de répète, et on trouve facilement des musiciens qui veulent se faire enregistrer gratuitement. Parfois ils voudront même vous payer si le résultat en vaut la peine. Bon, la 8 BUS c’est pas du top qualité comme studio mais c’est une bonne mise en jambe.

A partir de ce moment, ça commence à devenir vraiment sérieux déjà, on se forme pour les autres consoles, notamment la SSL que j’ai adorée car elle combine une partie contrôleur de DAW (logiciel audio) et une analogique sympa, Idem, mixage, puis enregistrement/mixage. Toujours dans cet ordre. Et puis on fait du numérique, Tascam/Yamaha, là c’est purement du mixage et du son à l’image (sound design, doublage, mixage).

Et puis on arrive à l’Icon, grosse console numérique, télécommande ultime pour ProTools, et de l’autre côté la Neve, grosse console analogique, super grain. Sans compter les écoutes dans ces salles qui commencent à être plus évoluées, de même que les live rooms. C’est d’ailleurs sur cette Neve que j’ai enregistré Siks Haedo.

Enfin, on termine l’année par un exam, un mémoire et, un projet final, et un exam pratique Concernant le mémoire, on fait bien de le commencer tôt si on veut le réussir. L’idée étant d’approfondir le sujet de son choix. Pour ma part, j’ai choisi le sujet complexe qu’est l’adaptation d’impédance, et j’ai dû littéralement me surpasser pour y parvenir.

 

Réussir sa formation

Tristement, certains abandonnent, certains échouent, et certains passent de full time à part time pour tenir la cadence. Dans ma promo, on a commencé à 18, fini à 14 (dont un passé en part time), et on est seulement 4 à avoir eu le diplôme. Il y a bien un rattrapage, mais il ne faut pas compter dessus apparemment. J’imagine qu’en part time, le taux d’abandon est supérieur, et le taux de réussite meilleur, et ma promo ne peut refléter par son simple échantillon la globalité, mais une chose est sûre : il faut s’accrocher

Car si toutes les clés sont données pour réussir, ça reste difficile d’avoir son diplôme.

Pour y parvenir, il faut arriver à 80/100 en note finale, soit 16/20. Autant le dire tout de suite : Le seul moyen d’y arriver est de viser le 100%. Essayer de savoir tout sur tout, de n’avoir aucune lacune, s’y mettre à fond, et pour ça, rien de tel que d’être passionné par le sujet. Sans passion, ça me semble très difficile de tenir. D’autant plus qu’à la SAE, vous êtes un adulte, personne pour vous crier dessus si vous ne faites pas vos devoirs, pas question d’être materné. Si c’est ça que vous voulez, passez votre chemin.

Evidemment, on fait des erreurs dans les projets rendus, on est aussi là pour apprendre, mais il faut apprendre vite et bien, faire de son mieux tout au long de la formation, faire preuve de rigueur sur les exercices qui sont parfois un peu vicieux, prendre tout le temps nécessaire pour y arriver. Ça ne veut pas dire qu’il faut ne plus avoir de vie, au contraire, pour tenir, j’avais profondément besoin de faire la fête, de jouer à des jeux, de faire de la musique perso (en plus j’appliquais mes cours). Pour moi en tout cas, s’évader pour mieux reprendre le boulot était la méthode appropriée, et même en full time, j’arrivais à avoir un peu de temps libre, et à avoir un rythme complètement aléatoire. Parfois je restais à l’école jusqu’à minuit pour bosser, j’avais cours le lendemain matin, mais j’avais besoin de me changer les idées, je me couchais à 4-5h, j’allais au cours, dormais l’aprem’, revenais le soir pour bosser… Bref, il n’y a manifestement pas de règle pour réussir, si ce n’est de ne louper aucune miette de cours, de ne pas s’accorder le droit à l’erreur et de toujours faire de son mieux.

 

Conclusion

Au final, je recommande grandement cette école pour la qualité de la formation, je pense qu’il est difficile de faire mieux en si peu de temps, après il faudrait pouvoir sauter des étapes en fonction du niveau de chacun, mais ça ne fait jamais de mal de revoir les bases. Il faut quand même garder à l’esprit que ça reste à vous de trouver du boulot ensuite. Les différents intervenants ne se gardent pas de vous le rappeler maintes et maintes fois : ce n’est pas un domaine évident. Donc si vous êtes vraiment motivés, passionnés, et que vous en avez les moyens : n’hésitez pas.

J’espère que ce billet aura été utile à certains, je suis ouvert aux questions, en commentaire ou via le formulaire de contact pour plus d’infos 😉